La démographie est un sujet fascinant aux enjeux et répercussions multiples – sociaux, économiques, migratoires. Elle permet d’engager de multiples débats avec les élèves, à la fois sur le monde d’aujourd’hui, et celui de demain. D’autant que derrière des termes techniques, comme accroissement naturel, indice de fécondité, âge médian, les conséquences sont très concrètes pour les élèves.

Nous vivons désormais dans un monde de vieux.
Trois points à mettre en valeur auprès des élèves.
● D’abord, le vieillissement de la population est un phénomène nouveau. Depuis 700 ans, la population mondiale a en effet été multipliée par près de 20. Rien qu'au cours du siècle dernier, elle a quadruplé.
● Ensuite, ce vieillissement de la population est un phénomène global, même s’il varie selon les continents et les pays. En jouant avec les cartes, il est possible de faire ressortir des exemples précis, qui peuvent être analysés et discutés :
○ On trouve 30% des personnes de plus de 65 ans au Japon, record mondial.
○ L’Europe est le continent le plus âgé, avec un âge médian (âge qui sépare une population en deux groupes numériquement égaux) supérieur à 42 ans en 2025. C’est le résultat d’une fécondité structurellement basse, d’un vieillissement généralisé et d’une espérance de vie élevée. L’Europe de l’Est et les Balkans en particulier connaissent une dépopulation massive (Bulgarie, Croatie, Moldavie, Bosnie-Herzégovine), rappelle l’Institut Delors, la baisse de la fécondité y étant couplée à une émigration massive. Cela vaut aussi pour la Russie, dès avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.
● Enfin, le vieillissement s’accélère.
○ Exemple en Amérique du Sud, en particulier au Brésil, où les seniors sont passés de 5% de la population en 2000, à 11% en 2024.
○ Cela vaut même pour les deux régions qui jusqu’ici, ont encore un fort accroissement démographique : les États-Unis, grâce notamment à l’immigration, du moins jusqu’ici, et l’Afrique, qui conserve un profil démographique jeune, avec un âge médian inférieur à 20 ans, et même 17 ans au Niger (un record mondial), mais où le nombre d’enfants par femme baisse. Et où l’âge médian augmente vite – avec les conséquences qu’on peut discuter avec les élèves, notamment avec cette courbe tirée de l’excellent site Our World in Data.

Évolution de l’âge médian dans les cinq pays les plus peuplés d’Afrique, de 1950 à 2100.
Prendre la mesure du phénomène avec sa classe
En cette époque de rentrée, un exemple évident : l’évolution de la démographie scolaire, avec une baisse historique et continue des effectifs.
● A cause du déclin démographique, la France a ainsi perdu environ 160 000 élèves à la rentrée 2026 (comparé à celle de 2025), selon le ministère de l'Éducation nationale. D'ici 2035, la perte totale représenterait 1,7 million d'élèves, presque un élève sur sept comparé aux effectifs actuels, avec des conséquences nombreuses, et très débattues : taille des classes, aménagement du territoire, déserts scolaires etc.
A noter également : tous les départements ne seront pas touchés avec la même intensité. En maternelle et primaire, les baisses à dix ans s'échelonneraient de -30% pour l'académie de Paris à - 4,5% pour Mayotte, toujours selon le ministère. En savoir plus ici.
● Autre exemple frappant, la Chine. Après avoir défendu de 1979 à 2015 sa politique de l’enfant unique, Pékin a d’abord autorisé les couples à avoir deux, puis trois enfants.

Affiche de propagande de la province du Guangdong, Chine, en faveur d’une famille à enfant unique. Le slogan dit que « la planification des naissances relève de la responsabilité de chacun ». (Photo : Clpro2/Wikipedia).
Mais cela n’a pas eu l’effet escompté : la Chine pourrait voir sa population divisée de moitié d’ici 2100, selon les calculs de l’ONU, bien plus rapidement que l’Inde. Il y aurait à nouveau 700 millions de Chinois…
Là aussi, les enjeux sont multiples, et peuvent être discutés : les robots pourront-ils remplacer le manque de main d'œuvre en Chine, et plus largement en Asie (Japon, Corée du Sud, Taïwan) ? Quelles sont les autres conséquences d’un tel effondrement de la population sur la défense, l’économie, le logement, le financement des services sociaux, des retraites et du grand âge ?
On peut ensuite élargir à d’autres pays : le choix de l’Allemagne d’accueillir un million de migrants, notamment syriens, à partir de 2015, suffira-t-il pour combler une fécondité réduite ?
Quelques ressources pour aller plus loin
Développement économique et urbanisation, accès à l'éducation en général et pour les filles en particulier, et enfin, accès à la contraception sont autant de facteurs qui entraînent, à court ou moyen terme, une baisse de la fécondité. De même, le développement de l’hygiène et de la médecine allongent l’espérance de vie.
Pour observer l’impact de ces différents facteurs, hier, aujourd’hui, et demain, l’INED (Institut national d’études démographiques) propose un ensemble de cartes interactives, à la fois mondiales, par époque (de 1950 à 2100 !) et par pays. Une excellente ressource, facile à manier, à utiliser en classe, ensemble ou par petits groupes.
Deux exemples éloquents ci-dessous pour en parler avec les élèves.
● D’abord la proportion de plus de 65 ans par pays en 1960 et en 2100. Comparez les cartes : on voit bien l’accélération du vieillissement de la population mondiale, aux conséquences multiples.

